You start a conversation (and you can’t even finish it)

Patrice Saucier

-Qu’est-ce que c’est?

-Rien d’important

C’était simplement un appel de Miranda. Ça ne valait pas la peine que je réponde. Surtout avec ma femme qui se tenait devant moi avec un marteau pour attendrir la viande qu’elle tenait fermement dans son poing.

L’envie de me parer d’un crâne mou en ce soir béni où tout se déroule très bien pour moi? Non merci.

Alors je prends cet air de type “indien prudent” lorsque vient le moment de mentir à ma femme.

-Je t’assure, chérie. Ce n’est rien d’important. C’est le bureau. Tu sais comment est le patron? Pour Mike Ha, la Corée et le travail, c’est tout ce qui compte pour lui, alors on doit obéir.

-C’est sûr, whatever…

Ce ton perplexe de sa part ne me disait rien qui vaille.

-Comment, whatever chérie? Que veux-tu insinuer par là? Lui demandais-je avec une certaine insistance pour que l’on puise enfin faire braiser cette viande et passer à table. J’avais une de ces faims!

-Non, rien.

Et le repas se déroula dans un silence de mort. Nous entendions à la perfection le son du couteau qui déchirait la chair cuite de nos filets mignons. Ça sentait bon la sauce BBQ, les épices “Montreal Style” et l’humeur massacrante de charmante épouse qui, de toute évidence, portait ses bas 3/4 pour rien.

La soirée est jeune, comme le dit le vieux dicton des partys de taverne.

-Écoute, arrête de croire que je ne t’aime plus, que je ne te désires plus. Tout ça est archi faux!

-Oui, mais j’ai des petits seins! T’es sûr que t’aimes ça, des petits seins?

Oh boy! Celle qui m’avait appelé tout à l’heure en possède une jolie paire. Des gros. Que j’ai vue. Que j’ai touchée et embrassée aussi. Élan d’allégresse, quand tu nous tiens… par les baloches!

-Cette discussion ne mène nulle part.

-Oui, j’avais remarqué. Tu es comme ça depuis ce fameux soir…

-Justement, tu ne m’as pas encore dit qu’est ce que tu as fait ce soir-là!

-Qu’est-ce que j’ai fait ce soir-là?

Witold Gombrowicz? Si t’es dans le coin, viens prendre des notes pour un prochain roman, c’est vachement intéressant!

-Ce que j’ai fais n’était rien de spécial en soi. N’importe qui est capable de terminer de travailler plus tard que d’habitude. Désolé de péter ta bulle, ma chère épouse.

Je pris mon assiette et cherchai à fuir. Avec mon plat, mes ustensiles et la bouteille de ketchup sous le bras, je me sentais comme Moïse en plein désert, alors que Miranda m’attendait quelque part dans une suite du Motel Idéal à Fabreville.

Je venais de le remarquer sur ma page Facebook sur mon téléphone…

Après?

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