Noël Chaud, Cont(re) de Noël…

En passant devant la Basilique Notre-Dame, Isidore Painchaud a été frappé d’un coup de Foi en pleine conscience. Effectivement, en apercevant les anges lumineux suspendus entre les arches de la façade, mais surtout en voyant l’immense crèche installée à côté du kiosque de souvenirs, l’impact fut immédiat… et brutal !

En pleine froideur de décembre, lui, l’espèce de brute laïque qui imposait ses dires sur les actions laïques à entreprendre dans un Québec débarrassé de ses complexes religieux, mais frileux à l’idée de les révoquer à d’autres, surtout s’ils viennent d’arriver avec leur tapis de prières dans leur valise ; lui, l’obscur intellectuel partisan d’une littérature empreinte d’une pureté linguistique sans égal (autrement dit dépourvu de sacres, bien qu’il ne se gêne pas pour lâcher des « tabarnac » chaque fois que son travail l’exaspère ou, cas extrême, lorsqu’il tente de monter un meuble dont le manuel d’instruction est en suédois, danois et norvégien); mais surtout lui, le tourmenté chronique, expert anxieux à ses heures, inquiet pour son budget, alors que le temps des Fêtes approche à grands pas et que les commerçants le surveillent du coin de l’œil.

-Si tu n’achètes pas ça à ta femme, elle ne t’aimera plus, Isidore…

-Oh! La belle console de jeux… L’amour de ton fils, tu le gagnes en lui donnant des cadeaux chers, Isidore. N’oublie jamais ça…

Ils en profitèrent même pour entonner leur crédo du temps des Fêtes :

-On compte sur toi, mon Isidore, pour faire beaucoup de profits! En janvier, quand on va faire nos comptes, on veut pas de déficit, mon Isidore! Ne te rend pas responsable du congédiement de nos employés parce que t’as pas acheté assez, mon Isidore! Hein? On te surveille mon hostie!

-Mon christ!

-Mon calice!

-Mon sacrament!

-Mon tabarnac!

-HAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA!!!!!!!

L’inquiétude, la carte de crédit de plus en plus lourde parce que sa gratuité n’est qu’illusion, de plus en plus cinglante parce que le paiement minimum ne suffit pas…

Quoi faire Isidore? Quoi faire Isidore?

Bientôt, ton trop-plein d’émotion trouvera un égout pour déverser. « Aujourd’hui, nous est né un sauveur ». Un fils de charpentier pris pour se rendre à son village natale pour s’inscrire au recensement exigé par un obscur empereur qui se fout royalement de la population locale, du moment qu’elle paie son trbun à la grandeur de Rome. Un charpentier qui bûche (jeu de mots accidentel), qui travaille fort pour presque rien et qui doute encore un peu parce que la grossesse de sa femme…

Pauvre Marie. On ne connaît pas les circonstances précises de sa grossesse. Même à quelques heures avant JC, on se devait de trouver de bonnes excuses pour masquer certains gestes. L’opération du Saint Esprit? Elle est bonne, celle-là! Mais Marie est une victime… et surtout une femme. Et Joseph qui va contre les sévères principes religieux de l’époque en ne la répudiant pas.

Personne ne veut les héberger. Marie est souffrante. Le bébé s’en vient. Joseph s’énerve, veut le bien de sa famille et s’indigne (j’en suis sûr, même si ce n’est pas inscrit dans le Nouveau Testament) contre cette bande d’indifférent pour qui une femme sur le point d’accoucher entraîne aucun acte de compassion ou d’entraide. Dans la douleur, dans le froid du désert, abrité dans un réduit servant d’abri à des bergers, un sauveur nous est né.

Il est là, le coup de Foi d’Isidore. Ce Jésus va certainement le comprendre. Lui qui a souffert dès sa naissance, qui a souffert d’être différent, qui a souffert de penser autrement, qui a souffert comme le Christ avant de mourir sur une croix… Et qui pourtant, gardait la bonne humeur, espérait malgré tout que ça change, que la justice sociale ait préséance sur les baffes, que

Isidore se présente humblement à l’entrée de la basilique Notre-Dame. Il y a un cordon qui mène à une jolie caissière.

-Qu’est-ce que ça veut dire?

-Pour visiter, c’est 5 $

-Mais je ne veux pas visiter, je veux simplement m’asseoir une dizaine de minutes et prier.

-Pour prier, c’est aussi 5 $

-Y a-t-il un extra pour confesse?

Il es sorti humblement, par l’entrée, bousculant un couple de japonais au passage. Il s’excusa, toujours humblement, sans se retourner. De retour vers le froid de décembre, le vent fouette ses joues et rougit ses oreilles.

-Mais depuis quand… Depuis quand il faut payer pour prier? Moi, je veux juste prier, pas visiter….

Heurté au plus profond de sa nouvelle Foi, Isidore vers quelques larmes de désillusion et de colère. Le genre de larme que l’on laisse aller lorsqu’on en a par-dessus la tête.

Pendant ce temps, de riches touristes se prennent en photo sur le parvis de la basilique, pour ramener de beaux souvenirs de la façade. Ils sont si beaux, si arrogants, si fiers, devant ceux et celles qu’on refoule parce qu’ils n’ont pas le petit 5$ obligatoire pour un peu de réconfort… Ils sont extatiques, l’âme en fête, cruellement saouls de valeurs chrétiennes, mais ignorant les deux gueux qui font la manche, les paumés et le petit lot de petits pécheurs qui n’osent plus rentrer dans la grande église.

Les pauvres, les paumés, même Notre Dame les lâche.

Soudain, l’envie de prendre une pierre et de la balancer dans la vitre protectrice de la crèche monte frénétiquement au cerveau d’Isidore. À la place, il la mitraille de paroles incendiaires.

-Toi, mon Christ! Ça fait trop longtemps que t’as oublié c’est quoi souffrir, tabarnac! J’espère que tu vas t’en rappeler à ton anniversaire!

La boutiquière sortit pour voir qui est responsable de ce boucan, mais Isidore a déjà quitté les lieux, le travail l’appelant…

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