Plaidoyer à Saint Pierre pour tout lui expliquer 4

Il allait l’atteindre d’abord au cœur puis deux fois à la tête. Trois coups.

Pourquoi? Pour aucune signification ésotérique ou symbolique particulière. Je l’avais écrit dans mon journal, un soir de brosse. Ça faisait film d’action, ça me plaisait.

Une balle dans le cœur fait certainement beaucoup de dégât, mais deux dans la tête, c’est une assurance. Il fallait que je l’atteigne facilement et surtout rapidement, sans lui donner le moindre espoir de s’en sortir.

Dernière poubelle à vider de son contenu. Maintenant, on passe aux choses sérieuses… La porte de son bureau se trouvait légèrement entrouverte. La radio jouait à tue-tête. Il avait l’habitude d’écouter Rouge Fm à journée longue. Pourtant, il se plaignait de ma musique trop forte dans mon iPhone (il possédait l’ouïe d’un vulcain ou quoi?). Il fit même une plainte contre moi aux ressources humaines à ce sujet!

T’aurais préféré que j’écoute du Céline Dion plutôt que du Sex Pistols, mon gros tas de graisse??!?

Je pris une grande respiration, je plongeai ma main dans la poubelle de droite pour m’assurer que le pistolet y était encore. Après un furtif coup d’œil à gauche et à droite, je pris l’arme dans mes mains.

En poussant la porte, je m’apprêtais à lui défiler mon baratin : tu me reconnais vieux christ? À cause de toi, j’ai perdu toute dignité! J’ai perdu 60 livres en six mois ! Ma femme me trompe parce qu’elle croit que je suis un dégonflé ! Je vide tes calices de vidanges pour vivre ! Tiens, mon tabarnac !

Ensuite, DÉGAINER ! DÉGAINER ! DÉCHARGER LE CONTENU DE MON ARME, assuré de n’éveiller les soupçons d’aucun « travaille-tard » à l’étage grâce à mon silencieux.

Pour tous ceux que t’as brisés parce que tu tenais à ce que ta réputation ne soit pas ternie par personne, crève mon beau salaud! Hahahahahaha!

À la place, le baquet gisait dans une marre de sang, devant son bureau. La terreur se lisait sur son visage potelé, probablement due à l’incompréhension de sortir de cette chienne de vie de cette façon. On ne choisit jamais notre mort, mon petit. On peut rêver de partir pendant son sommeil et être obligé de crever dans un accident de voiture. Il n’y a pas de hasard, ni de destin. C’est comme au loto.

-Ar… Ar… Armand? À l’… À l’…

Il  voulait dire « à l’aide ». Depuis combien de temps est-il dans cet état? Comment se fait-il que je n’avais rien vu? Qu’importe! J’ai préféré le regarder avec un sourire tel un ange de la mort… mais qui doit uniquement se contenter des restes. Je me rappelai dès lors  brièvement les dernières strophes du Lion devenu vieux avant qu’il n’expire son dernier soupir.

Il attend son destin, sans faire aucunes plaintes,

Quand, voyant l’Âne même à son antre accourir :

Ah ! c’est trop, lui dit-il, je voulais bien mourir ;

Mais c’est mourir deux fois que souffrir tes atteintes.

Refoulant ma frustration d’avoir été déjoué dans ma vengeance, je plaçai le canon de mon revolver dans la bouche puis, sans émotion, j’appuyai sur la gâchette.  On croira que j’ai tué mon ancien patron. Je récolterai ainsi la gloire. Toute la gloire, mais richeur, tel un Milli Vanilli de la vengeance.

Mais dîtes-moi, comment suis-je tombé? Plus important, ai-je réussi, Saint Pierre?

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