Lumières de Noël

Je hais les décorations de Noël.

Elles sont le signe d’une maison avec plein d’enfants normaux dedans.

Qui font honneur à leurs parents normaux en jouant normalement, en étudiant normalement, en riant normalement, en se comportant normalement, en lisant normalement et tout le reste normalement tel qu’on peut le retrouver dans tous les codes de vie normaux qui sont surédités.

Quand je marche dans ma rue, j’emmerde profondément tous ces gens.

Moi, ma maison, elle est là-bas. Elle est dans le noir. Elle ne scintille pas comme les autres.

Anonyme.

À l’écart.

Et c’est très bien comme ça… parce que ça ne va pas.

Dans ce quartier, Dieu qu’ils en mettent, des lumières !

Plus ils en allument, plus ils se sentent heureux, importants.

Ils me frôlent en dingue, au volant d’un Audi Q7 ou d’un Porsche Cayenne. Leurs harangues V8 font fi des dos d’âne.

Bientôt de retour chez moi. On se tient tranquille à cause de notre fils qui a des problèmes. Pour eux, ce sont des problèmes. Pour nous, c’est la vie de tous les jours. C’est notre normalité. Nous n’avons plus de joie. Nous ne faisons que prier. C’est tout ce qu’il nous reste.

Prier à la Noël, quelle hérésie ! Je n’ai pas envie de donner ou recevoir des cadeaux, nouvelle religion à suivre en ce temps de christ.

J’ai envie de retrouver mon calme intérieur devant l’image du bon larron et de mes souhaits casaniers et misanthropes. Je ne veux surtout pas déranger le bonheur opulent de la majorité bien pensante qui écoute pour la 362e fois depuis trois jours l’album de Nowel de Mariah Carrey dans leur maudit VUS ou leur salon où l’on ne doit rien toucher.

L’un d’entre eux parle avec son voisin. Il est arrivé en retard à la maison. Encore un désespéré qui voulait sauter en bas d’un pont.

-J’ai baissé la vitre de mon char pis je lui ai dit “Saute, mon calice” Ha! Ha! Ha! Ha!

-Ha! Ha! Ha! Ha! On n’a pas juste ça à faire. On doit circuler! Heille, tu vas-tu au Balck Friday demain? 50% de rabais sur les TV au J Sonic.

Voilà l’appel à la prière du Carrefour Laval et du quartier 10/30 qu’ils écoutent religieusement. De retour à la maison, je me complais dans mes habitudes. J’embrasse ma femme sur la bouche et je demande à fiston s’il veut écouter de la musique avec moi. Pas tout de suite papa, je termine mon Lego.

Parfait. Sur le rebord de la fenêtre, j’installe une bougie. Je l’allume. De l’espoir authentique. Un signal. Nous ne sommes pas encore si vaincus que ça…

 

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