Marie Uguay on my mind

Patrice Saucier

L’outre-vie, c’est quand on n’est pas encore dans la vie, qu’on la regarde, qu’on y cherche à entrer.

Troublé, je dépose le recueil de Marie Uguay sur la table. Merde alors ! Cela explique tout. En fait cela explique pourquoi un jeune fou de 20 ans vit toujours dans ton corps conservateur payeur de taxes et endeuillé de rêves non réalisés de 44 ans…

-C’est en plein ce que je te dis, Hector ! Tu rêves ta vie depuis que tu as quitté l’université !

Je prends une autre gorgée de Valpolicello. Je me prends au sérieux et je réponds mal.

-Non, je ne rêve rien. Je ne sais pas c’est quoi, rêver. C’est les petites images que l’on voit dans notre tête quand on était enfant, c’est ça ? Justement, je ne suis plus un enfant. Je suis un adulte. J’ai un diplôme universitaire accroché dans mon bureau, un attaché-case à mes pieds et une cravate au cou. Je crois que c’est terminé, les rêves. La commedia è finita. Est-ce que je peux terminer de bouffer mon hostie de veau parmiggiana maintenant ? HOSTIE DE TABARNAC !

Le verre qui revole, le poing sur la table, la rancoeur qui remonte comme un rot acide.

Tout le monde arrête de manger et se retourne. Une scène au Buonanotte ? Du jamais vu…

-OK Hector. Prends… Prends une autre gorgée de vin. Ah oui, c’est vrai, ton verre est par terre… Mademoiselle ? Ramasser le dégât en premier. Ensuite, apportez un autre verre à mon ami, il a soif.

Non, mon pote. Je n’ai pas soif. Je veux finir mes pâtes en paix. Mes pâtes sauce tomate basilic à 20 $ parce que le chef du Buonanotte les a préparées. Tu comprends le besoin que j’éprouve de les déguster. Tu veux mon bien et je le comprends. Oui, je rêve ma vie. Mais que font les prisonniers au fond de leur cellule ? Ils rêvent. Que font ceux qui vivent pour les autres ? Ils rêvent. Sans espoir de libération professionnelle et personnelle ? Ils rêvent, mon ami. Ils rêvent.

Ils rêvent de ce qu’ils ne peuvent atteindre. Ils rêvent d’un revirement qui n’arrivent jamais à moins qu’eux ne le provoquent… Mais cela faut du courage. Et moi, mon ami, je n’en ai point. Alors je vis aux dépends de ceux et celles que je peux plaire. Je me nie chaque jour. Je nie mon existence chaque jour. Je me suicide chaque matin et je reviens à la vie au réveil, le lendemain. Et ça recommence…

le matin encore cet aspect étranger

de chaque couleur qui va se relevant

vers quelques mystérieux points du jour

Le matin, j’embrasse mes chaînes avec la langue.

Le matin, je me rappelle à qui je dois allégeance.

M’aimes-tu paralysé, mon ami ? J’espère que non !

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