Dans ces châteaux, il y a…

Normalité

Tu vois fiston, ceux qui te tourmentent dans les corridors du collège vivent ici, dans ces grandes maisons. Tout est pareil dans ce secteur. Même architecture, même jardin, mêmes fleurs, mêmes voitures de luxe. C’est clair que les différences les effraient…

Derrière les portes closes de tous ces châteaux, on imagine de sales riches vivant salement leur vie de sales riches en râlant sur leur sale télévision 90 pouces ou leur sale femme de ménage qui a encore oublié d’essuyer des saletés… Certains d’entre eux sont sales, effectivement. D’autres sont des philanthropes. Parmi eux, il y a des philanthropes sales qu’on appelle pégreux, mafieux, motardeux, mais ça…

Or il y a aussi des drames qui se vivent dans ces châteaux !

Les drames frappent tout le monde, tu sais. Une vie sans drames est un grilled-cheese sans fromage. Tout le monde le sait.

Le long fleuve tranquille n’existe pas. Regarde sur une mappemonde, fiston. Trouve-moi un fleuve tranquille. Un seul.

Regarde ici. Derrière cette belle porte massive et teinte avec application chaque année contre les intempérie, un drame est vécu en silence par cette famille de sales riches. Loin des regards indiscrets, loin des ragots, loin des puritains de la chose haute. S’il y a une chose, justement, que les sales riches ne tolèrent pas, c’est l’anormalité.

Sur le boulevard Laird, sur le boulevard Graham, sur la rue Lanark ou ailleurs à Ville Mont-Royal, le destin de tout les petits et petites sales riches est tracé : douance, collèges privés, cours de ski à Saint-Sauveur ou à Tremblant, cégeps privés, universités américaines, profession en finances ou en droit. Et ça se reproduit, fiston. Des générations de belles lignes droites. Des générations en forme de rack à trophées.

Par contre, si par malheur une famille “différente” s’installe ici… Il y en a, mais c’est le ghetto de Varsovie intime pour eux. “Différente” au sens de trouble d’apprentissage, tu comprends ? Tout ce qu’on voit, l’autisme, le TDAH, les troubles d’impulsivité, les TED, les problèmes d’élocution, la dyspraxie, la dyslexie, les troubles anxieux, les troubles alimentaires, les TAC, dyscalculie, dysgraphie, les retards mentaux, lésions neurologiques et bien d’autres, tout ça est formellement condamné par ces sociétés de bons voisinages.

Ou bien les jeunes qui en sont atteints doivent se cacher, ou bien ils doivent s’installer ailleurs avec leur famille. Mais pour aller où, hein ? Pour aller où ? Ces familles s’enferment dans leur château. Les écoles spéciales se transforment en collèges privées prestigieux. La honte se transforme en renom, que ce soit au parc Laird ou sur la galerie du club de golf Laval sur-le-Lac.

Mais j’ignore pourquoi je te raconte tout cela. Allez fiston, l’orthopédagogue nous attend. Un jour, tu seras plus fort qu’eux.

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