Dérives II

Autre exercice d’écriture automatique. Toujours sur les blessures d’enfance. On arrivera bien à un résultat. 

Patrice Saucier Judo

Septembre 1977. Encore.

D’après moi j’adore inconsciemment lorsque tout va mal, lorsque tout se prend pour une sorte de mauvaise sorcière qui se gourre dans chacun de ses sorts et que le résultat nous mène davantage à un recul qu’à un avancement significatif. Me voilà donc tout petit, tout blond et tout fin prêt pour ma première leçon de judo. Tout fin prêt à vouloir découvrir un tout nouveau sport et ce, même si son côté confrontation me fait un peu peur. Tout fin prêt comme un élève docile qui tient mordicus à démontrer sa bonne volonté sauf que. Bien entendu, il y aura toujours un “sauf que” quelque part. Sauf que, donc, sauf que, sauf que, où vais-je me changer ? Il n’y a pas de vestiaire. L’anxiété revient. L’anxiété, celle qui m’a habitée dans la cour d’école reprend service. Reprend mon corps. Je commence à trembloter. Je sens que certains élèves attendent quelque chose. Me faire un mauvais parti par exemple. Il y a ce Jean-François, le grand frère de l’autre qui est dans ma classe de préscolaire, qui attend le bon moment pour me faire peur, pour me menacer, pour que je me sente traquer. Je lui donne ce prétexte sur un plateau d’argent en enlevant tout pour enfiler mon kimono. Il fallait que je garde mes culottes. Merde alors ! Je suis en retard et tout le monde me pointe du doigt. Je suis le con de la journée. Un con. Tout nu dans mon fatras. Tout nu sur mon uniforme d’école et ce foutu kimono que j’ignore comment enfiler ! Timidement, je remets ma culotte et parviens à m’habiller en judoka pendant que Jean-François et l’autre Jean-François s’amusent à mes dépends. Ces deux escogriffes me promettent de tout dire à la directrice. Je passe définitivement un mauvais cours. Je n’écoute pas. Je suis dans la lune. La peur me tenaille, me prend en otage. Jamais personne ne m’a “dénoncée” par la suite, mais… Jamais personne n’a voulu faire le rapporteur pour une faute bien innocente, mais… J’en suis alors à un moment de ma vie -6 ans, quand même!- où tout me fera trop peur et la seule façon d’affronter cette montée de panique en moi sera de crâner. J’avais déjà vu des plus grands agir de la sorte. Crâner. Pas au point d’être con. Mais au point de cacher ma peur derrière la connerie.

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