Ces gens qui attendent quelque chose

Blaise aurait aimé que son père soit vraiment fier de lui.

Avec un nom comme celui-là, on peut certes comprendre… Mais qu’est-ce qui lui a pris, à cet homme, à ce monsieur McCulloch, pour qui le style et la parure revêtent une si grande importance, de consentir que son fils aîné s’appelle Blaise ?

Heureusement, il a fini par comprendre avec Louis et Samuel, ses deux autres rejetons. Ces derniers ont aussi du succès en affaires, alors que Blaise se cherche encore.  D’où ses escapades à Marseille où il se confie maladivement à Notre-Dame de La Garde.

Dans cette vie aisée, Blaise a l’impression de n’être qu’un fantôme ou plutôt un meuble cher et antique sur lequel on pose une lampe resplendissante et que l’on finit par oublier. Sauf à l’école où Blaise McCulloch sonnait comme “Baisse tes culottes”. Qu’il en a bavé, le Blaise !

Cela peut servir d’être fantôme, notamment en pouvant faire ce qu’on veut, tant et aussi longtemps que son père s’en aperçoive et vous administre une leçon, un coup de barre qui vous ramène droit devant, effaçant du coup tous les rêves que ce garçon pouvait avoir.

Or, sur un lit d’hôpital, le papa est beaucoup plus emphatique que répressif… Mais Blaise fait ce qu’il doit être fait. Au nom de la famille, au nom de cet abnégation routinière qui l’habite et l’afflige, du moment que l’on sente qu’il procure du bien, au nom peut-être d’un héritage alléchant, Blaise se sacrifie.

Papa McCulloch le prie chaque matin pour qu’il le protège contre les méchants médecins qui sont incapables de le rassurer sur ses chances de guérison. La science n’est pas un rapport annuel…  Confiné dans sa chambre faiblement éclairée par des néons “pallatif” qui clignotent encore faiblement avant de définitivement s’éteindre, M. McCulloch souhaite que Blaise en fasse toujours plus, qu’il soit toujours là pour l’aider, lui administrer ses médicaments, l’accompagner jusqu’à la toilette en tenant son porte-solutés sur roulettes ainsi qu’endurer son humeur maussade et ses ordres qu’il donne en claquant des doigts parce qu’il a perdu l’usage de la parole.

Mais à quoi bon ? Pour avoir peur, rien de plus. C’est une anxiété de plus qui s’empile sur le coeur de Blaise comme un fer rouge chauffé.

Comme s’il en avait vraiment besoin, le Blaise…

Ces temps-ci, ça ne bat pas très fort, côté coeur. Il fait de l’exercice, mange bien, mais s’occupe de tout le monde autour de lui. Il doit faire fi des serrements très légers qu’il ressent au niveau de sa poitrine, se convaincant que ça passera après une bonne rasade de vin rouge.

“Ça passera, oui ça passera. Comme mes démons. Comme mon cerveau fêlé” avait-il médité un soir qu’il revenait de l’hôpital.

Dans le miroir ce matin, il s’est pourtant regardé et un frisson d’effroi lui parcourut la colonne vertébrale. Il avait alors eu l’impression de se retrouver face à Antonin Artaud. Ce n’est pas un compliment, loin de là. Il avait donc maigri à ce point-là ?

L’envie de repartir toujours et en toute circonstance. Or, cette fois-ci, le pourra-t-il ?

 

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s