Partir

Parfois, l’on imagine des funérailles grandioses pour un proche ou un ami. L’on imagine qu’il connaîtra sa dernière messe entourée de ceux et celles qui l’ont aimés.

Je suis assis dans l’église Saint Ambroise. Un peu à l’écart, je dois le dire, parce que des funérailles ont lieu. Des funérailles simples. On peut trouver beaucoup de grandeur dans la simplicité, beaucoup de richesse dans une cérémonie sans ornement. C’est drôle, mais l’on retrouve l’essence même de l’Eucharistie.

Or, cela me frappe toujours lorsque peu de personnes rendent un ultime hommage à un défunt. Bien sûr, il ne voit rien de tout cela, n’entend rien, lui qui dort d’un sommeil éternel dans son cercueil. Bien sûr…

Bien sûr, ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité. Ceux et celles qui sont présents ont aimé et respecté le trépassé à un point tel qu’ils se sont déplacés pour prendre place dans l’église, peut-être en dépit de leur athéisme ? C’est possible en 2014…

Tout de même, c’est triste. Les porteurs qui entrent mal, qui blasphèment presque parce que le cercueil « pogne » dans le cadre de la grande porte.

La grande porte… Un petit effort, les gars ! Vous ne coûtez peut-être pas cher, mais un peu de dignité tout de même !

Un père et une mère ont amené un jour leur fils à l’église pour le baptiser. Sans doute un fils bien-aimé. Aujourd’hui, ils l’emmènent de nouveau. Le contexte est cependant différent. La joie a laissé la place à la souffrance. L’espérance a laissé la place à une tristesse sans nom.

Une mère délicate. Un père costaud comme Samson.

Dans l’assistance, ce n’est pas la grande richesse. Un père et une mère qui font ce qu’ils peuvent pour garder la tête hors de l’eau. Avec un enfant comme seul trésor. De l’amour aussi. Malgré la souffrance, malgré ces soirs où l’on se demande si l’on pourra s’en sortir jusqu’au mois prochain,  il y a de ces parcelles de bonheur qui sont un signe que la vie peut être formidable.

Or, voilà qu’on leur fait une autre jambette.

Encore. Mais celle-là était de trop.

Et le jeune gît dans un cercueil bon marché avec un bouquet de fleurs quelconque. On veut encore faire les choses bien en ce bas monde.

Elle est inexplicable, la peine d’un parent qui voit son enfant dépérir. Il faut la vivre, cette peine. Certains se donnent bonne conscience en voulant la comprendre et en donnant. Opération Enfant soleil par exemple.

Les gens sont distraits. Ils ne se souviennent plus quand se lever, quand s’asseoir. Lors de l’annonce de la parole de l’Évangile, presque personne n’a tracé une croix sur son front, sa bouche et son coeur. Un pharisien jugerait. Nous ne sommes pas ici pour juger.

Le seigneur nous porte sur ses épaules pour nous emmener vers le père. Le seigneur a de drôles de manières de nous le communiquer… Fait-il la même chose chez les gens fortunés ? Notre dieu est une communion de personnes. C’est ce que nous avons remplacé pour les syndicats…

Nous sommes jamais seuls. Peu importe le nombre. Ici, il y a la sincérité. Ailleurs, c’est la parure, la peur d’être mal perçu, de se garder des faveurs. J’en ai vu de ce genre de funérailles. Bien sûr, il y a de la sincérité. Mais aussi, on le fait parce que…

Une faveur en attire parfois une autre, même dans la mort.

Nous sommes destinés à mourir. L’hostie et le calice se lèvent au son des clochettes. On s’endort tous dans les bras de Dieu. Que l’on soit un dur de dur ou non, si je me fie aux visages de ceux et celles qui déposent une fleur en guise d’échange de paix avec le défunt.

Mais il est là pour tout le monde, le Seigneur. « Il est pour les mal aimés. Il est là pour les enculés » chante Miakel Furnon. L’abbé Pierre est aussi très bien placé pour le savoir

Nous sommes tous des bons larrons. Nous avons toujours tout à nous reprocher, tout à nous faire pardonner, mais personne ne semble vouloir se sacrifier. Nous ne demandons pas grand chose. Un peu de reconnaissance. Une ou deux tapes sur l’épaule, une ou deux sur le doigts aussi pour nous rappeler de ne pas s’écarter du droit chemin. Ou plutôt du chemin pur et simple puisqu’il ne sera jamais droit en raison des obstacles.

Nous sommes tous des publicains. C’est notre orgueil qui, parfois, fait de nous des pharisiens.

DSC_0575

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s